Zone sensible

« J’ai parfois l’impression d’être davantage dans un centre de détention qu’une bibliothèque. »

Ça s’est passé mardi, à la grande bibliothèque de Montréal. Je sirotais un café latte, crème pour faire plus français de France, le nez dans mon ordinateur, quand un itinérant – le SDF québécois – a pété son câble, ou sa coche comme on dit ici (putain, suis pas sorti de l’auberge si je dois tout traduire). Oh, rien de bien méchant. Il a juste proféré quelques jurons bien sentis et agrémenté sa colère – ou sa frustration – passagère en laissant traîner qui un poing qui un genou ou un pied dans le mobilier ambiant.

La scène, quoique fugace, a fortement contrarié ma voisine, immatriculée dans la Belle Province, qui a alors exprimé son malaise en se tournant vers ma modeste personne, laquelle a d’abord mis cette confidence sur le compte d’un magnétisme bestial que je croyais disparu. Parenthèse : cette périphrase (la Belle Province) m’a toujours fait rire, car elle sous-entend que les autres (provinces) sont du menu fretin. Après, faut avouer que la Moche Province, c’est pas très vendeur non plus. Vous avouerez tout de même que c’est un tantinet prétentieux de la part de gens qui nous jugent souvent arrogants… Je suis taquin, je sais… Je précise aussi qu’il ne faut pas grand-chose pour être choqué ou se sentir agressé chez les cousins, bien plus consensuels – mais pas moins hypocrites (c’est le revers du consensus) – que les Gaulois. Disons que le bouffeur de baguettes crève l’abcès là où l’esclave de la poutine (maudit cliché) est plutôt enclin à le laisser mûrir (ça y est je vais vomir). 

Tout ça pour dire que pour la madame – et bien d’autres – ça craint à la bibliothèque nationale de Montréal, c’est un peu la zone comme on disait chez moi pour décrire un lieu patibulaire. À vrai dire, c’est surtout dans les toilettes du rez-de-chaussée que des choses louches se déroulent. Les rares fois où j’y passe, je sens toujours monter un parfum de suspicion à l’égard de ces gens prostrés dans ces cavités intimes prévues pour se soulager, et où certains, ne soyons pas dupes, en profitent pour s’injecter un peu de vie artificielle dans les veines. J’évite d’ailleurs de me rendre dans cet espace, où rodent souvent les agents du personnel de surveillance, pour une grosse commission (je vous fais pas un dessin), sachant à l’avance que les chances de trouver une cuvette de disponible sera mince. De toute façon, la perspective de poser mon petit cul blanc dans ces latrines vérolées suffit à me faire rebrousser chemin. Je m’abstiens de relever ce défi, même au nom d’une quelconque bravoure que mon « femme club » qualifierait d’héroïque. Mais je m’égare… J’ajouterai que la lumière tamisée renforce le sentiment d’inconfort. Disons que ça ne favorise en rien l’optimisme ou la gaieté. Remarquez, pour cacher la misère ou la détresse, un peu d’obscurité n’a jamais fait de mal. 

Ça me rappelle d’ailleurs une [ vieille chronique écrite après avoir assisté à une drôle de scène dans ces mêmes toilettes ] où certains en profitent parfois pour se laver…  ou faire leur lessive ! (j’en ai été témoin une fois). Ça m’avait bien fait rire, plus en tout cas que les cerbères locaux, dont la patience avait été mise à rude épreuve par ce laveur de mains compulsif.  🙂

 

Publicités

Catégories :Divers et varié

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s