Anticosti, jour 3

J’ai eu la chance de séjourner une semaine sur l’île d’Anticosti, petite pépite perdue au milieu du golfe du Saint-Laurent. Je vous en livre quelques bribes. Mon expérience au jour le jour…

Mercredi 2 août.

Même topo qu’hier : du gris au saut du lit. Je me réveille avec le poignet gauche qui me démange. Rien à voir avec une envie pressante de plaisir solitaire, juste la gracieuseté d’une araignée sans doute attirée par mon odeur musquée. J’ai les pensées connectées au petit-déjeuner qui m’attend. Consistant, comme toujours à l’auberge McDonald, qui ne partage aucun lien de parenté avec la fameuse chaîne de restauration rapide made in US… La cuisine est bien meilleure et puis je n’ai croisé aucun clown dans les parages.  

Depuis mon arrivée, je milite pour la même assiette : deux œufs qui boudent (retournés), du bacon qui a dû se tortiller la couenne en mourant ébouillanté, un petit troupeau de patates coupées en dés (le A, le B et le C étaient déjà pris), du pain bien bronzé (séjour toast inclus), un yaourt aux fruits et des fruits sans yaourt. Avec les kilomètres emmagasinés dans une journée, j’ai besoin de carburant.

Parenthèse : Au moment où j’écris ces lignes d’une beauté sans égal (oui, je suis prétentieux), je sirote un petit café devant l’auberge, face à la mer, tandis que des fous de Bassan enchaînent les vols piqués en quête de nourriture. On dirait des avions de kamikazes japonais fonçant vers un navire américain (ou le clown McDonald en pleine séance d’apnée).

20819395_10155064325617832_1592269267009997038_oComme hier, le soleil s’est installé doucement. Du bleu partout, pas un soupçon de nuages. En revanche, côté températures, Anticosti, c’est pas Montréal, alors aux prises avec un épisode caniculaire. Dame météo prévoit un petit 20 degrés, et à peine 15 dans d’autres secteurs de l’île. On est quand même en août… Entre la chaleur intense qui colle à la peau et cette fraîcheur bretonne, je choisis la seconde (encore que j’ai connu une Bretonne plutôt chaude). On dort mieux le soir et on sent moins fort sous les bras (à vérifier).

J’ai pris la direction de Baie-de-la-Tour aujourd’hui, un nom qui me fait penser au peintre  Georges de La Tour, originaire de Lorraine, comme moi. Quand je suis arrivé sur place, après un détour de 50 km dû à ma distraction immanente (comment ça, un panneau à gauche ?), je me suis dit qu’un artiste s’en donnerait à cœur joie ici. Baie-de-la-Tour est inspirante. Le charme opère tout de suite, pas de préliminaires. Elle accueille ses convives avec deux falaises qui ont l’air de deux chandeliers scintillant posés à chaque extrémité d’une longue table. Le calcaire omniprésent donne à l’endroit des airs d’Étretat, surtout vu d’en haut. Pour profiter de ce panorama à couper le souffle, il faut emprunter le sentier du Télégraphe, long de 4 km (en boucle), qui nécessite une bonne heure de marche mais vaut vraiment la peine. On y a parfois l’impression de traverser un cimetière d’arbres, en raison des zones de chablis qui confèrent à cette petite incursion boisée un parfum lugubre mais charmant.

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Sans trucage… Anticosti en mode Caraïbes !

Dans un décor aussi beau, on se sent attiré comme un aimant par la plage. Personnellement, je l’ai arpenté d’une extrémité à l’autre, sous le regard intrigué d’un phoque gris avec lequel s’est improvisée une séance de cache-cache. Dès que je me retournais pour le voir, il plongeait. Drôle ! Seul hic : sur une plage de cailloux, la marche pieds nus n’est pas une bonne idée. Qu’on se le dise : on avance moins vite quand votre voûte plantaire renâcle à se détendre sur ce genre de surface (j’ai tenté une balade sans chaussures, j’ai tenu 5 minutes). Pour la baignade, on oublie aussi, sauf pour les candidats au suicide ou ceux qui seraient venus avec une belle-mère encombrante. De l’auberge McDonald, ce site merveilleux se découvre après 1h30 de route. Il est bien sûr conseillé d’en profiter au maximum. Personnellement, je suis resté 4 heures sur place, quatre heures presque à ne rien faire, juste contempler, le vent dans les voiles de l’imagination…

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Les couches de sédimentation visibles à l’œil nu accentuent la singularité de ces falaises somptueuses.

J’aimé aimé le ciel gris qui a fait les présentations. Je l’ai aimé pour avoir exacerbé les reflets turquoise ourlés d’écume de la mer. Rien que cette couleur, due à la dissolution du calcaire dans l’eau, m’a fait un effet bœuf. N’eut été la température de l’eau, je m’y serais jeté avec la grâce d’un pachyderme. Lové dans ce bout d’un monde préservé de la modernité suffocante, j’ai capté avec bonheur le bruit des vagues venant ronger la plage inclinée.

Je ne me suis pas fait prier pour poser ma table de pique-nique à Baie-de-la-Tour, tractant de mes bras musclés (je compte beaucoup de lectrices) un tronc (d’arbre, pas humain) qui a fait office de banc. C’est à ce moment-là qu’est apparue une tête avec de grosses moustaches. J’ai d’abord pensé à un aristocrate anglais puis je me suis ravisé. J’avais attisé la curiosité du phoque mentionné plus haut. Je penche davantage pour de la curiosité que les prémices d’une idylle incompatible avec la morale. 

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Même en noir et blanc, Baie-de-la-Tour se montre séduisante. 

Environ 4 heures plus tard (incluant la marche), je quittais à regret cette pépite d’Anticosti. Sur le chemin du retour, j’en ai profité pour aller voir la chute de Baie-de-la-Tour, accessible par un sentier de 3 km (aller-retour).

[cliquer sur les images pour les légendes]

De la route, j’ai mis 20 minutes pour y parvenir, et comme pour son emblématique aînée de Vauréal, je suis resté sur ma faim. En guise de chute : un maigre filet d’eau. Au risque de me répéter, les faibles précipitations des dernières semaines expliquent cette situation singulière et les moues dépitées que ces spectacles désolants inspirent. Car c’est triste une rivière ou un ruisseau qui a soif. Ça permet au marcheur d’accéder à des portions d’habitudes inaccessibles, ou de faire trempette dans des eaux tempérées par le peu de profondeur, mais il faut bien avouer qu’un peu (beaucoup) de pluie redonnerait du lustre à ces cours d’eau léprosés. Et ce ne sont pas les habitants qui diront le contraire…

• À suivre.

[photos : Olivier Pierson]

Pour en savoir plus : Sépaq Anticosti.

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Pour avoir droit à cette sublime vue, une seule solution : le sentier du Télégraphe.

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