Dans mon pays au Canada

Cher Canada,

Tu viens de m’accueillir officiellement dans ta famille, et sois assuré que j’en suis très heureux. Il y a dix ans, je pénétrais dans ta maison québécoise et faisais connaissance avec l’hospitalité locale. J’avais très vite pu en mesurer la chaleur dans le sourire et la générosité d’une personne qui allait devenir une amie fidèle et précieuse. Je savais alors que la Belle Province et moi, on allait bien s’entendre… Oh, bien sûr, il y a eu des hauts et des bas, des doutes et quelques désillusions, mais dans l’ensemble cette société distincte à bien des égards – à commencer par cette langue française qu’elle défend avec ardeur – m’aura permis de m’épanouir davantage que la France, et ça, crois-moi, c’est beaucoup !

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Je suis devenu Canadien le 11 octobre, quelque part entre 14h et 15h. À quelques mètres derrière moi, je sentais le regard bienveillant de Marie, l’éternelle complice dont je viens de parler. Sans elle, sans cette femme petite par la taille mais grande par le cœur, il aurait manqué un petit bout de bonheur à cette cérémonie émouvante. Je dois avouer avoir senti à quelques reprises un frisson me parcourir l’échine, comme j’ai senti monter une petite larme jusqu’au bord du précipice de mes pupilles quand mon amie m’a serré dans ses bras pour me féliciter, alors que je tenais dans mes mains ce certificat de citoyenneté qui me faisait l’effet du Saint-Graal. Je mesurais alors le chemin parcouru, les efforts accomplis et les sacrifices consentis pour en arriver là, sur cet Éverest intime où je faisais claquer un nouveau drapeau, à commencer par l’éloignement de ma famille et de mes amis français, que je ne remercierais jamais assez pour m’avoir permis de réaliser ce rêve sans chercher à me retenir. Il n’y a pas de plus belle preuve d’amour que de vouloir le bonheur d’autrui. 

J’ai savouré chaque seconde de ce moment qu’il m’était offert de vivre, parmi 274 autres personnes qui comme moi devaient sentir leur cœur battre la chamade dans leur poitrine. J’avais devant mes yeux une belle mosaïque de couleurs, de styles et de nationalités, je vivais la diversité érigée en totem par la nation canadienne dans une ville de Montréal qui symbolise à elle seule les vertus de la mixité. Au moment de prêter allégeance à la Reine d’Angleterre, moi le natif d’un pays qui a souvent fait la guerre à ce pays insulaire, je me suis même surpris à peser chacun de mes mots, malgré une légère démangeaison au niveau du gosier, comme si une main invisible voulait refouler cette trahison. Sur le chemin qui me conduisait inexorablement vers l’autel de mon mariage avec le Canada, j’ai soudain pris conscience de mon nouveau statut, avec tout ce que cela implique de devoirs et de responsabilités, comme si on m’avait coupé le cœur en deux pour en donner une partie à ma seconde épouse. Et quand est venu le moment de chanter l’hymne canadien, je l’ai repris avec la même sincérité que la Marseillaise, les mains dans le dos, comme galvanisé par cet étendard sonore qui devenait soudain familier à mes tympans. Il était inconcevable à mes yeux de faire semblant pendant un rendez-vous de cette importance. J’étais comme transporté, dans un état second. J’étais bien en somme.

J’ai vécu mon plus beau moment lorsque le premier ministre Justin Trudeau est apparu sur un écran géant pour accueillir dans les deux langues officielles les futurs Canadiens. C’est surtout la conclusion de cette brève allocution pré-enregistrée qui a retenu mon attention. Il a dit « bienvenue chez vous ». Je n’avais jamais remarqué à quel point ces trois mots pouvaient être importants jusqu’à aujourd’hui. Dans la solennité du moment, ils prenaient une autre dimension. Je n’étais plus un invité – ou un immigrant – mais un membre de la famille à part entière. Le pays de Marie devenait le mien. Noël n’avait pas encore commencé et je déballais déjà mon cadeau.

 

 

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