Il y a 43 ans, une autre femme entrait dans ma vie…

Chère frangine,

Grâce à toi, je vais pouvoir redonner vie à ce blogue qui roupille depuis trois semaines. Car aujourd’hui, c’est ton anniversaire, et moi, pour ton anniversaire, je te ponds un truc. L’œuf ayant déjà été pris par la poule (oh, il est en forme le frérot), j’ai décidé de m’en remettre aux mots, qui valent bien le cul d’une cocotte si tu veux mon avis…

Pour ceux qui débarquent sur cette plateforme et souhaiteraient en savoir plus sur ta « life », tu es donc née le jour de la Toussaint, consacré aux morts. Pas top le comité d’accueil, je te l’accorde. Le 1er novembre 1974, quand tant de gens allaient se recueillir sur la tombe de leurs proches, avec des fleurs – accessoirement une bouteille de champagne pour les disparitions synonymes de délivrance -, notre chère mère inscrivait ton prénom sur la stèle de la vie… et par la même occasion m’obligeait à te faire un peu de place sur le piédestal qui m’était jusqu’alors destiné. Je ne reviendrais pas sur la joie immense – l’ironie est faible – qui fut la mienne quand vînt le moment de te présenter à moi. Disons qu’avant de devenir une sœur, tu as d’abord été une rivale dans mon cœur de petit mec à sa môman.

Après, je ne sais pas ce qui s’est passé, si notre protectrice m’a drogué ou fait appel à un exorciste, mais toujours est-il que je me suis mis à t’apprécier et à t’aimer, allant jusqu’à te faire découvrir les vertus de la cigarette dans la cave d’un immeuble glauque – moi qui ne fumais pas ! – et partager ton lit jusqu’à ma première communion, époque à laquelle un curé pédophile m’enjoignit de tester les hommes, soutenant devant mon regard incrédule que Jésus avait dit « aimez-vous les uns dans les autres ». Tout ça pour dire qu’on était inséparables. Et puis la vie a suivi son cours, tu as fini par grandir en prenant exemple sur celle qui nous avait mis au monde, parvenant toutefois à grappiller ces quelques centimètres supplémentaires qui lui faisaient défaut, la condamnant à la catégorie des gens-juste-au-dessus-des-nains.

Je ne vais pas revenir sur notre enfance, passée dans une cité de la banlieue messine où je confrontais ma virilité en quête d’érection à un muret au-dessus duquel je m’obstinais à uriner. Je me souviens aussi de ce concierge pyromane qui prenait plaisir à foutre le feu aux poubelles dans la cave, la fumée se faufilant à travers les conduits d’aération finissant par imprégner l’immeuble tout entier et nos draps par la même occasion. Ou encore des visites intempestives d’une dame au nez crochu qui s’avérait être notre grand-mère maternelle, laquelle est sans doute à l’origine de ma peur des sorcières et par ricochet des balais. Après la zone, on a atterri chez les ploucs, je veux dire à la campagne, où nous avons fait connaissance avec des racailles appelées commères. Derrière ce mot peu appétissant pour la fierté, de vieilles peaux qui trompaient leur solitude en vomissant des rumeurs. Moi par exemple, j’ai un jour été catalogué homo parce que je trainais toujours avec celui qui avait pour seul tort d’être mon ami d’enfance. Les putes… [désolé, j’ai horreur des commérages].

Je dois à cette campagne que j’égratigne gentiment – et pour lequel j’ai un profond respect – d’être devenu un ado émancipé, en tout cas moins lymphatique que l’état de larve à laquelle me destinait l’oisiveté de la banlieue, avec une bonne grosse dose de TV pour me déconnecter du terrain et des relations sociales… Toi, tu es devenue une miss (et la seule d’ailleurs) dans cette commune rurale qui décida un jour de se trouver une reine à la faveur d’un concours dont je ne garde aucun souvenir puisque j’étais absent, trop occupé à draguer la donzelle dans une discothèque toute proche, perdue dans la cambrousse, qui allait devenir bien des années plus tard un club échangiste. J’avais pris conscience de ton sacre en revenant au beau milieu de la nuit, la langue encore engourdie par des baisers obscènes, où sur la table de la cuisine trônait ce bouquet luxuriant qui avait valeur de couronne et semblait m’être adressé. Un peu comme s’il me susurrait « ta sœur a gagné ». Plus tard, tu as remis ça à un niveau supérieur en tentant de décrocher le titre de Miss Mirabelle, autrement dit la reine de la ville de Metz (et des tartes ajouteront les mauvaises langues), en principe attribué à des blondes, alors que toi tu étais brune. Bref, c’était perdu d’avance.

Ce ne sont là que d’infimes souvenirs qui me reviennent en mémoire, et pardonne-moi si je fais l’économie des chapitres de ta vie que tu as écrits jusqu’à présent, car je crains d’y passer la nuit et les semaines à venir. Quarante-trois ans plus tard, tu es une femme et une mère accomplie, une sœur généreuse, une amie fidèle, une sportive médiocre (un frère digne de ce nom sait se montrer taquin)… et une fille dont notre mère possédée par l’amour peut être fière. Ne change rien à ton caractère – de cochon – car il te va bien, même si je compatis pour celui qui partage ta vie, et qui, ma foi, est suffisamment bien placé pour savoir que tu es une belle personne. Tu as parfois ce côté castrateur qui me fait penser à une Québécoise (enfin pas toutes), et crois-moi, dans ma bouche, c’est un compliment (rassure maman, j’ai encore mes testicules).

Voilà, tu vas encore verser ta petite larme et me faire parvenir un chèque pour me remercier de tous ces jolis mots. Un chèque que je m’empresserai d’encaisser avant de dilapider cet argent dans des salons de massage érotiques et l’achat de quelques tablettes de chocolat (aucun rapport). Comme tu peux le constater, ton frère n’a pas changé et la fabulation qui teinte parfois cette longue missive vient le corroborer. Un peu « taré » sur les bords comme tu dirais. Je ne manquerai pas de t’avertir si je deviens papa par inadvertance ou après une soirée trop arrosée, ou si je trouve chaussure à mon pied (cette expression m’a toujours fait rire, j’imagine le mec qui pue des pieds, et donc la fille censée être la chaussure…).

Joyeux 43e anniversaire ma sœur adorée ! Bonne fête (pour la version québécoise) !

Ton frère désormais canadien.

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