Mec in France : jour 2

Un jour, une photo… et parfois plus, c’est le thème de cette rubrique temporelle. Mes vacances en France, à l’instinct et dans l’instant. C’est parti…

Jeudi 14 décembre. Décalage horaire oblige, le réveil a lui aussi été décalé. L’horloge a l’air de me tancer avec sa petite aiguille plantée sur le 13h, tandis que la grosse rampe inexorablement vers le 15. Dans à peu près 4 heures, le soleil tirera sa révérence, et rien que l’idée de passer la journée sans avoir pu goûter à sa lumière bénéfique suffit à me redonner du tonus. Pas question de rester cloîtré comme un lépreux. Je décide d’engloutir un petit-déjeuner léger, quoique… J’étais parti sur de bonnes bases en misant sur un thé vert, une tranche de pain de seigle riche en fibres et un peu de fromage blanc agrémenté de miel. Et puis une tranche de péché alsacien appelé Stollen – un pain aux fruits secs et confis farci de pâte d’amande, parfait pour caler un estomac – a quelque peu malmené mes bonnes intentions.

Pour me remettre d’aplomb, j’ai décidé d’aller courir. Oui, courir, alors que le jetlag a martyrisé mon corps et désordonné ma chevelure, mettant à rude épreuve ma relation fusionnelle avec le miroir. Dehors, le temps gris virant doucement à la flotte écorne ma motivation balbutiante. Mon état semi-comateux n’arrange rien à l’affaire, d’autant que la télé du salon me fait de l’œil… Et je ne parle pas de cette couverture posée négligemment sur le canapé en cuir, laquelle, sous l’effet de mes pensées encore crottées, me fait penser à une femme feignant l’assoupissement dans une posture prompte à un assaut de ma part pas très catholique…

Je prends mon courage à deux mains, enfile ma tenue de warrior du bitume (du calme Olivier…) et entame une séance de course à pied avec un allant soudainement requinqué. Les premières foulées laissent entrevoir une partie de plaisir, ce qui sera le cas. Durant une heure, le cadence reste mesurée. Si j’étais un cheval, on dirait que je trotte. Ce rythme de croisière m’a été conseillé par la prévoyance. Car si je pars trop vite, je sens que mon petit-déjeuner va me précéder sur l’asphalte avec l’aide de mon gosier. Bref, je vais gerber, et j’ai horreur de ça.

Le village de mon adolescence n’a plus de secret pour moi, et les automatismes sont vite revenus. Dans mon GPS perso – ma mémoire – j’ai gardé en réserve quelques idées de circuits à dépoussiérer à chacune de mes visites en France. Celui que je décide d’emprunter – comme tous les autres d’ailleurs – fait remonter quantité de souvenirs à la surface. Dans cette petite localité de moins de 2 000 âmes, les réminiscences de mon passé rural ressurgissent ici et là, et je prends toujours plaisir à remonter le temps en regardant devant moi. Étrange sensation que voilà qui me permet au passage d’oublier le refrain monotone de mes foulées. Je longe la Moselle, parfois sous une haie de quenouilles qui ont l’air mal en point dans la grisaille ambiante; je la traverse même en foulant ce vieux barrage hydroélectrique encore en activité. Quelques bourrasques de vent m’attaquent de temps à autre par toutes les faces, mais rien ne peut entamer le bonheur qui escalade mon être alors qu’autour de moi les corbeaux entonnent leur marche funèbre dans un automne majeur.

Je me sens bien, le coeur en symbiose et les pulsations au garde-à-vous. À la fin du parcours, je décide de faire un crochet par le stade municipal, là où durant une vingtaine d’années j’ai épousé la cause du ballon rond sur des terrains flirtant parfois avec l’indignation, notamment en automne, quand les expectorations du ciel rendaient la pelouse grasse, transformant nos crampons en des amas de boue. Je revois au passage ce vestiaire frappé du logo du club de foot local, lequel, en version abrégée, fait écho aux États-Unis. USA pour Union Sportive d’Argancy. Les murs m’ont l’air soudain transparents, je revois les réunions d’avant-match, les dernières consignes du coach et l’arbitre qui procédait à l’appel des licences des joueurs en compagnie du capitaine adverse. Sans oublier l’ambiance joviale voire carrément potache qui régnait autour des maillots posés sur la table centrale quand la victoire nous escortait jusqu’aux douches.

Courir dans le village de sa jeunesse, ça a du bon, croyez moi…

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