L’île Verte en mode blanc

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Sur la grève côté nord, avec son atmosphère de banquise… (photos : Olivier Pierson)

L’île Verte, je la connais bien, je la pratique depuis quelques années déjà. À chacune de mes visites, je ressens le même plaisir à la retrouver, ne repoussant jamais la main qu’elle me tend. D’une année à l’autre, elle ne perd rien de son pouvoir de séduction, authentiquement belle, venteuse par habitude, en particulier aux abords de son illustre phare (le plus vieux du Québec). Entre elle et moi, c’est l’amour sans routine, le cœur rutilant et les retrouvailles sincères… Son parfum rustique ébouriffe mes pensées.

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En hiver, la motoneige reste le seul moyen de locomotion.

L’île Verte, je l’ai testée en été et en automne, je l’ai rejointe par bateau et même une fois à pied, lors du célèbre Sentier de la bouette (lire ici mon article pour le magazine Espaces). Je l’ai vécue sous la flotte, un soleil ardent, dans l’atmosphère lugubre d’une brume épaisse ou d’une nature dépouillée attendant le couperet de l’hiver. Et là encore, j’avais dû me rendre à l’évidence : elle restait belle et vénéneuse. Quand la beauté est une évidence, le décor devient secondaire. Cette île a une âme, et c’est là toute la différence. L’hiver est aussi prétexte à découvrir ce confettis blotti dans le Bas-Saint-Laurent, à une vingtaine de minutes en voiture de Rivière-du-Loup. Je peux en témoigner. Je peux en témoigner depuis ma récente escapade de trois jours en compagnie d’un trio d’amis aussi excités que moi à l’idée de la découvrir sous un nouveau jour.

Il y a quelque temps déjà, un de ses enfants – Gérald Dionne pour ne pas le nommer, qui gère le gîte Au chant du Coq, dont j’ai déjà parlé sur ce blogue (à lire ici) – m’avait invité à explorer ce petit paradis sous son grand manteau hivernal. Une autre ambiance m’avait-il assuré. Il n’avait pas menti. Un autre monde que cette terre aux allures soudaines de banquise, qui dévoile, sur son versant nord, un spectacle saisissant. Celui du Saint-Laurent charriant des quantités astronomiques de glace, tel un tapis roulant emmenant on ne sait où sa cargaison concassée…. Avec parfois ce bruit brisant le silence, engendré par le frottement de blocs à la dérive. Figé par endroits mais continuellement en mouvement à d’autres, l’imposant fleuve du Québec exerce sa puissance en catimini sous des tonnes d’opacité. Là, devant vos yeux ébahis se joue le spectacle de la nature. Qu’importe les températures négatives et le froid saisissant : le plaisir se cueille aussi avec des gants.

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En quittant le pont de glace, à peine arrivés sur l’île.

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Nous avons rejoint à pied cette île verte devenue blanche, en empruntant son fameux pont de glace, croisant de temps à autre quelques motoneigistes. Pour arpenter ce petit territoire (une douzaine de kilomètres de long) à cette époque de l’année, c’est le seul moyen de locomotion qui vaille. On en a d’ailleurs un peu profité (merci Gérald !), même si je dois avouer que le ski-doo ne s’apprivoise pas aussi facilement. La prudence est de mise pour les débutants et mieux vaut laisser de côté ses désirs grisants de vitesse. Les accidents mortels enregistrés chaque année dans la province sont là pour le rappeler.

 

Si vous voulez du dépaysement, vous aimerez cette île comme vous aimerez ces quelques habitants, nimbée de cette quiétude encore plus prégnante en hiver. L’impression de fouler un sol déserté de toute vie humaine, et d’être soi-même une incongruité dans ce paysage inerte et tellement respirant à la fois.

Il faut avoir regagné la terre ferme en motoneige, en assistant au règne déclinant d’un soleil en patins, pour prendre la mesure du bonheur simple et brut. Avec des rafales de vent balayant la poudreuse l’immense étendue figée du Saint-Laurent pour sublimer cette fin de journée tout droit sortie d’une scène de film. Je crois que c’est à cet instant précis que j’ai mesuré ma chance et coupé tous les lambeaux de cordons qui me reliaient encore à la réalité…

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Sous un ciel plombé de nuages, cette percée lumineuse passagère a fait un bien fou !

 

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