Épris d’admiration

Jean_d'Ormesson_2Il m’arrive de faire le ménage chez moi. Le ménage a du bon. Il permet de brûler des calories et réserve parfois quelques surprises. Comme tomber par exemple sur une ancienne interview pour le mensuel L’Estrade de feu Jean d’Ormesson, dont la disparition le 5 décembre dernier a un peu pâti de celle Johnny Halliday… le lendemain. Pas de bol. Je lui avais posé quelques questions dans le cadre de sa venue à l’Été du livre de Metz en avril 2011, pour présenter son livre C’est une chose étrange à la fin que le monde (Robert Laffont). Voici ce que m’avait répondu cet homme délicieux, qui vous parlait à hauteur d’homme, sans mépris ni paillettes :

Admiration, gaieté, gratitude, sont des sentiments forts dans votre parcours. Est-ce la recette d’une vie réussie ?

Je n’aime pas le mot « réussie ». Quand j’étais jeune, on me disait souvent « il faut réussir dans la vie ». Ça me paraissait abject, abominable. La réussite méprisante m’a toujours déplu. Il faut avoir une grande compassion pour les autres. Beaucoup de gens n’ont pas eu la chance que j’ai eue. Je n’ai pas été déporté, je ne suis pas mort, j’ai évité les graves maladies, j’ai parcouru le monde grâce à mon père diplomate… Les 20 premières années de ma vie ont été dominées par deux figures, à côté desquelles Kadhafi est un enfant de chœur : Hitler et Staline. Grâce à Dieu et à ma famille, j’ai choisi ardemment Staline contre Hitler, même si j’ai compris par la suite qu’ils étaient plus complices qu’ennemis.

Vous écrivez dans votre dernier livre « Longtemps je me suis promené dans le monde, mains dans les poches, nez en l’air. Et le monde était beau. » Finalement, le bonheur, c’est assez simple.

Jeune, l’ambition m’était assez indifférente. Je n’étais dévoré ni par l’emploi, ni par l’avarice, ni par l’envie. Au fond, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Je n’avais pas du tout envie d’être écrivain. J’étais très libre et indépendant. J’avais envie de vivre et je ne me fixais aucun but. Et je ne voulais pas finir comme ces vieillards qui donnent des leçons aux jeunes.

Diriez-vous que vous êtes un homme de petits plaisirs ?

Je suis de ceux qui défendent l’idée du plaisir. La lecture et la culture ne sont pas un devoir, mais un plaisir.

On apprend également dans votre livre qu’un de vos plus grands bonheur est de nager dans la mer. L’inspiration vient-elle en nageant ?

(Il rit.) J’ai beaucoup aimé deux choses dans ma vie : la mer Méditerranée et le ski, que j’ai beaucoup pratiqué. J’aurais aimé être moniteur de ski. Le ski est une griserie merveilleuse !

Vous consacrez un chapitre à la mort à la fin de votre roman. Elle vous hante ?

Pas du tout. Je suis très spinoziste. Au fond, je n’y pense pas beaucoup et je n’en ai pas peur.

Diriez-vous que vous lui devez vos plus beaux moments sur Terre ?

Oui. Nous aimons parce que nous mourrons. Nous nous reproduisons parce que nous mourrons…

En tant que membre de l’Académie française, que pensez-vous de tous ces anglicismes qui colonisent notre langue ? Y at-il péril en la syntaxe ?

Les Québécois nous accusent souvent de ne pas défendre notre langue, et j’y suis moi-même très attaché. Toutes les langues sont magnifiques. J’ai personnellement beaucoup aimé le latin et le grec, et l’un de mes grands regrets est de ne pas avoir appris le russe et l’arabe. Vous et moi savons que les choses passent. Regardez le latin, qui est devenue une langue morte. On ne peut pas empêcher l’évolution de la langue. C’est comme vouloir arrêter le temps, c’est impossible. La langue est comme la vie, une bataille d’arrière-garde. Reste à savoir si Dieu appartient à ces choses qui vieillissent…

Vous avez une grande capacité d’admiration, ce qui est rare de nos jours…

C’est vrai, l’admiration est un sentiment un peu ringard. J’admire des écrivains, des paysages, des hommes et des femmes, et le monde en général. C’est une position difficile à notre époque. J’ai choisi un créneau qui est peu occupé.

On vous dit agnostique. En quoi croyez-vous ?

Je le suis. Je crois beaucoup en la science. La seule chose que nous pouvons entretenir, c’est l’espérance. J’ai beaucoup d’admiration pour les athées, ceux qui font le bien sans croire à Dieu, juste par amour pour l’humanité. Les seuls saints que je connaisse sont les athées.

Le bonheur est-il athée ?

Je ne crois pas. Il y a autre chose que ce monde, mais quoi ? S’il y a la mort, il doit y avoir quelque chose après. Reste à savoir si c’est le néant. Cette question donne le vertige, mais c’est un vertige délicieux !

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3 replies »

  1. Merci Olivier pour cet hommage à une intellect/cœur remarquable! J’ai bien aimé lire M. D’Ormesson…il a écrit, et je paraphrase, l’homme est un oxymore car il n’est rien ou presque rien et par contre avec ses sens et sa pensée il crée une seconde fois le monde crée par Dieu du néant. (ref : Comme un chant d’espérance)

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  2. Bien résumé Olivier! Comme dirait sûrement Jean D’ormesson, il est délicieux notre Doris.

    Nous avons l’anneau …My previous.s.s.s Nous avons Doris………My delicous.s.s.s

    Andrée

    Envoyé de mon iPad Andrée Murray

    >

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