Un homme à la mère

Page 43 du livre de poche édité chez Gallimard, dans la collection Folio. Quelques lignes que beaucoup d’hommes ont dû encaisser comme une évidence, voire une psychanalyse, à commencer par moi. Avec cette envie presque immédiate d’exprimer sa gratitude envers l’auteur de cette confidence sublime de vérité, acérée comme une flèche qui vous perce le cœur. L’acuité atteint toujours sa cible…

La citation, ou l’offrande devrais-je dire, la voici : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances (premier uppercut). On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu. » Que rajouter à ça ?

Le géniteur de cette réflexion, c’est Romain Gary, et je l’envie d’avoir pondu cette enclume. La citation est tirée de son célèbre ouvrage La promesse de l’aube, qui a été récemment adapté à l’écran par Éric Barbier (une seconde fois après celle de Jules Dassin dans les années 70), lequel a choisi de conclure son long-métrage avec ces lignes que je viens de mettre en exergue. Je pourrai les relire des dizaines de fois sans m’en lasser une seule seconde. La moelle de l’histoire à mon sens, le centre névralgique d’une existence passée à venger sa mère en déposant le monde à ses pieds.

Il y a un mois environ, j’achevais la lecture de ce grand classique de la littérature française. Il n’est jamais trop tard, paraît-il. Je l’ai dévoré en pensant à la mienne (de mère), à ses sacrifices et à sa foi inébranlable en ses enfants, rétive au doute. Le plus des cadeaux et un formidable remontant.

La promesse de l’aube a pris racine sur ma table de chevet avant de coloniser tout mon être. Je crois pouvoir dire que ma vie a toujours été aiguillée par le désir de ne pas décevoir celle qui m’a mis au monde. À l’instar du personnage campé par Charlotte Gainsbourg, j’ai parfois l’impression que ma Nina Kacew m’insuffle son courage à distance. Comme durant ce mois d’avril 1994, lors d’un convoi humanitaire accompli dans une ex Yougoslavie meurtrie par la guerre. Une expérience marquante que je n’aurais sans doute jamais vécue si ma mère ne m’avait pas transmis cette force qui l’a toujours habitée.

 

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