Une bougie qu’on allume et une flamme qui s’éteint

Cher ami du village de mon enfance,

J’ai eu 46 ans vendredi 27 avril, mais j’ai aussi appris que tu avais perdu ton père ce jour-là. Je l’ai appris par ma mère, qui le connaissait comme beaucoup de gens dans le village. Je ne vais pas écrire sa bio – je manque de munitions pour tenter cet exercice pointilleux – mais je peux pouvoir affirmer sans me tromper qu’il faisait partie des figures incontournables de la commune, lui qui en fut le maire. Ton père, on avait qu’à le regarder dans les yeux pour comprendre qu’on avait affaire à une belle personne.  Un regard mélancolique qui débordait de tendresse. Comme je l’ai écrit sur la carte de condoléances qui doit voler en ce moment même au-dessus de l’Atlantique, on avait toujours un peu l’impression d’être chez soi quand on poussait la porte de votre cocon familial. On le devait aux deux personnes à qui tu dois ta présence sur cette terre. Ça me rappelle d’ailleurs ces (presque) nuits blanches passées dans ta chambre devant ton ordinateur, les pupilles dilatées d’avoir trop joué. 

Tu as écrit sobrement sur ta page Facebook qu’il avait été victime d’une crise cardiaque le matin dans sa salle de bain. Être lâché par un muscle dont vous avez été un digne ambassadeur, je trouve ça injuste quelque part… J’aurais préféré qu’il s’en aille un autre jour, histoire de ne pas voir accolé à ma date de naissance celle de sa révérence.  Mais c’est la vie, et la Faucheuse ne s’embarrasse pas des hasards du calendrier.  

Jour de mon anniversaire oblige, j’ai eu droit au traditionnel déluge des messages publics ou privés, parfois émanant de personnes qui sont des étrangers pour moi. Des amis enfantés par Facebook, ce cher Big Brother. Les belles attentions ont défilé sur mon écran, et je me suis fait un devoir de répondre à chacun des émetteurs. Je ne m’attendais pas à recevoir un message de ta part vu le contexte. Rien de plus normal en somme. Clair comme de l’eau puisée dans le ruisseau de la logique. Je dois t’avouer que cette célébration de mes 46 printemps me paraissait presque indécente. Tous ces beaux messages reçus alors que la tristesse affûtait au même moment ses larmes dans cette commune où j’ai emmagasiné tant de bons souvenirs, notamment grâce à toi et aux deux autres loustics qui composaient notre cercle sacré (ils se reconnaîtront). C’est aussi pour cela que j’ai tenu à t’adresser une carte, à prendre la plume à une époque où le numérique impose sa syntaxe. Parce que tu le valais bien…

Quelques heures plus tard, ton nom est apparu sur mon mur Facebook. Tu venais de perdre ton père et tu prenais malgré tout le temps de m’écrire un petit mot, t’excusant presque t’avoir un peu tardé ! De tous les messages reçus ce jour-là – que les autres expéditeurs me pardonnent – c’est celui qui m’a le plus touché.  Si j’avais eu la larme facile, ou un oignon à portée de mains  – un peu d’humour pour détendre l’atmosphère – j’aurais transpiré des yeux… Je ne sais quel terme employer – classe ? élégance ? … – pour décrire ton attitude, mais elle était digne de cette amitié comme seuls les villages sont capables d’en bâtir. 

Crois bien que je suis fier et heureux de te compter dans mon équipe (clin d’œil à nos années foot et au gardien redoutablement bourrin que tu étais), les vrais, ceux qui ont le respect d’autrui, et donc de l’auteur de ces lignes sans fard.

Si l’amitié était une personne, je suis sûr qu’elle te prendrait dans ses bras.

Mes pensées t’accompagnent, ainsi que tes proches. 

Olivier.

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