Explorateur de l’humain

453 pages. C’est le temps qu’il m’a fallu pour faire le tour de l’Arctique. Après deux semaines de lecture, j’ai posé le pied au Cap Nord en Norvège. J’ai vécu un sacré voyage, encaissé des bourrasques infernales, affronté un froid surréaliste et croisé des inconnus merveilleux. J’ai souffert, j’ai douté, j’ai souri et je suis resté émerveillé par le spectacle qui s’offrait à moi sur un territoire envoûtant sous ses dehors inhospitaliers… Et puis j’ai senti l’émotion escalader ma colonne vertébrale, en plantant ses pieux dans chacune de mes vertèbres…

Je dois ce concentré de sentiments contrastés à Mike Horn, qu’on ne présente plus. Je connaissais cet aventurier de réputation avant qu’un ami ne m’offre un de ses livres pour mon anniversaire. J’avais déjà fait connaissance l’an passé avec la Suissesse Sarah Marquis, qui est une sorte de Mike Horn au féminin. Les deux sont inspirants, comme tant d’autres défricheurs d’inconnu avides de défis et de retours aux sources. On vit leurs exploits en se cramponnant aux lignes de leurs ouvrages, et on les envie un peu [beaucoup] de revenir à l’essentiel au prix d’une abnégation qui force le respect. Volonté et mental sont des compagnons de route salvateurs pour ces héros ordinaires qui nous rappellent le sens du mot « humilité » en se confrontant aux éléments et à ce que la nature a de plus beau et de plus dur à nous offrir. 

On ressort exténué d’un livre de Mike Horn, en tout cas de son Conquérant de l’impossible paru chez Pocket en 2005. Du Canada à la Russie, en passant par l’Alaska et la Norvège, son expérience devient un peu la nôtre. Sauf que lui met sa vie en jeu, quand le seul risque pris par le lecteur est la foulure de l’index à force de tourner les pages. On se demande en fin de compte si cet homme n’est pas un extra-terrestre venu sur Terre pour nous rappeler à quel point notre planète est belle… et que nous n’avons rien trouvé de mieux que de dilapider ses richesses pour la remercier. Un ours polaire rôdant sur un territoire qui n’est pas habituellement le sien n’est qu’un des nombreux signes alarmants du dérèglement climatique. Après une telle lecture, on a envie de dire à son auteur : « La prochaine fois, prends-moi avec toi ! » Juste pour apprendre, s’enrichir, comme lui a appris et s’est enrichi au contact des autres et des éléments.

Le Sud-Africain aime à dire que c’est le territoire humain qu’il aime explorer, et je dois avouer que c’est cette facette qui m’a beaucoup plu dans son livre. Toutes ces personnes qu’il a croisées, souvent des inconnus, et qui lui ont été d’un grand secours à un moment ou à un autre de sa folle aventure. Un gîte ou un couvert offert, des provisions fournies, ou une aide matérielle suffisent souvent à vous remettre d’aplomb quand votre moral flirte avec les abysses. Comme si l’humain aimait donner rencard à l’adversité… Un passage m’a tout particulièrement touché, en dehors des retrouvailles de Mike Horn avec sa femme et ses deux filles. Celui où il fait la connaissance de Vassia, un Russe sans ressources qui vit isolé et coupé de tout contact humain à Tobseda, sa seule compagnie se résumant à trois chiens. Un vieil homme à la santé vacillante avec lequel notre héros ordinaire tissera une solide amitié alors que son bateau, en proie à un incendie, se refait une santé. Après 20 jours passés dans ce bout du monde lugubre, Vassia implore Mike Horn de rester. On ressent cette solitude qui l’a rongé de part en part, tout comme on ressent le chagrin de son invité surprise au moment de faire ses adieux… Pourtant, ce dernier a une excuse valable : une famille qui l’attend. 

« Au moment où je lève l’ancre, Vassia entre dans l’eau. Bientôt, il est immergé jusqu’au torse. Quand je déploie mon foc et que mon trimaran se met en mouvement, Vassia, de l’eau jusqu’au menton, tend les bras comme pour tenter de retenir mon bateau. Ses lèvres semblent supplier : « Ne me laisse pas ! Ne me laisse pas ! » Frissons…

Ce que Mike Horn nous enseigne par-dessus tout, c’est que dans le monde dans lequel nous vivons, suspendu aux smartphones comme aux lèvres d’une femme désirée ou aimée, la véritable aventure est peut-être la découverte de l’autre. « Je crois à la générosité profonde de la nature humaine. Elle est simplement étouffée par la vie sociale. Là où je vais, la mascarade cesse et le meilleur ressort. »

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