L’inconnu du lit pas fait

Il m’est arrivé une drôle de mésaventure et je ne résiste pas à l’envie de la partager. Tout est parti d’un malentendu.

Je suis arrivé vendredi 7 septembre, vers 19h, sur les merveilleuses Îles-de-la-Madeleine, perdues au milieu du golfe du Saint-Laurent, à 5 heures de bateau de Souris, sur l’Ile-du-Prince-Édouard, une localité aussi petite que l’animal auquel elle fait penser.

Arrivé sur place, il était prévu qu’un taxi me récupère pour me conduire à mon chalet. En descendant du bus, pas de taxi dans les parages, mais il faut dire que nous étions un peu en avance. Un quart d’heure plus tard, mon chauffeur débarquait. À peine sorti de la voiture, il m’a souri. J’ai vite compris pourquoi quand il s’est mis à me parler, flanqué d’un accent local qui confirmait que j’allais devoir redoubler de concentration…

– On m’a dit que je devais venir prendre une jeune fille.

Ça commençait bien.

– Je peux faire la jeune fille si vous voulez…

Re-sourire de mon interlocuteur. [je suis un journaliste qui a de l’humour]. Cette parenthèse asexuée fermée, il me demande le lieu où il doit me déposer, que je m’empresse de lui communiquer. Dix minutes plus tard, nous voici devant le chalet en question. Le numéro 5. Au moment de payer, je remarque qu’il ne dispose pas de machine pour ma carte de crédit (réflexe de Montréalais, sauf que les Îles-de-la-Madeleine, qui comptent au passage 7 chauffeurs de taxi, c’est pas Montréal !). Et ne n’ai pas de cash sur moi. Nous nous confondons en excuses l’un et l’autre.

– Lui : c’est ma faute, j’aurais dû vous le préciser (vraiment sympas ces Madelinots).

Il me propose alors de me conduire au guichet d’une Caisse Desjardins (ma banque, enfin celle qui gère mon modeste pécule de journaleux autonome et surexploité), précisant qu’il ne chargera pas cette course imprévue. Par chance, une succursale se trouve à 5 mn en voiture de notre position. Une fois l’argent retiré, je lui demande s’il a de la monnaie, considérant que je lui dois 25$ et que le distributeur ne m’a remis que des coupures de 20… Il me répond que non, mais que 20$ feront l’affaire. Suis vraiment tombé sur une crème, il a dû être bouddhiste dans une autre vie. Cette proposition n’est pas sans me faire hésiter, mais la petite voix de ma conscience met aussitôt fin à ce scénario (la salope). Cette avocate défendant les intérêts de mon honnêteté ne lâche rien. Objection votre honneur !

– Non, sûrement pas, je vous dois 25 (enfin 23, mais j’ai arrondi), je vais vous donner 25 (c’est ma mère juive qui va être fière [il est beau et honnête mon fils !])

Je lui propose d’aller faire de la monnaie dans un dépanneur tout proche, en mettant la main sur un des rares plats préparés mis à disposition des touristes qui crèvent de faim et ne sont pas regardants sur la marchandise : une salade de pâtes au surimi qui réduit comme par magie mon appétit de moitié. Je sors délesté de 5$ et m’acquitte de ma facture auprès de mon chauffeur adorable-qui-a-peut-être-le-béguin-pour-moi, dont le phrasé a totalement semé mes tympans.

Une fois dans ma petite maison, je prends mes aises, ce qui inclut une masturbation (toujours ce besoin de marquer mon territoire). Il me tarde de rejoindre mon lit après un voyage qui aura duré près de 20h (j’ai pris le combo bus et bateau). Ce soir, je n’aurais pas besoin de compter les nymphomanes (les moutons, j’y arrive pas) pour trouver le sommeil. Je n’omets pas de programmer mon réveil à 7h30, sachant que j’ai un rendez-vous professionnel le lendemain à 9h.

Le lendemain, à 7h, j’entends comme un bruit dans le salon-salle à manger. Je vais quand même pas me faire cambrioler aux Îles-de-la-Madeleine ! J’ai comme l’impression que quelqu’un est entré sans frapper. Mais le bruit s’estompe vite. J’ai dû rêver, que je me dis. Sauf que 10 minutes plus tard, nouveau bruit de sol qui craque. Cette fois, j’en suis sûr, c’est pas le fruit de mon imagination. Je suis d’autant plus catégorique qu’une voix masculine se mêle à ces pas.

– Y’a quelqu’un ?

– Oui (j’ai failli répondre non, mais il ne m’aurait pas cru).

Sur ce long discours, je me lève d’un bond et passe la tête dans l’embrasure de la porte, vu que je suis quand même presque à poil et pas exhibitionniste pour un sou. Il a l’air surpris de me voir, comme je suis surpris de l’entendre me demander si j’avais réservé et à quel nom. J’apprends de sa bouche que les femmes de ménage – censées faire place nette des lieux à 6h30, après le départ la veille des derniers occupants – lui ont fait part d’une présence dans le chalet, la table de la cuisine recouverte de mes affaires faisant foi d’une occupation aussi soudaine que non programmée. Je finis par lui décliner mon identité et la raison de ma venue sur les îles. Il s’éclipse. Quant à moi, je regagne mes draps.

Cinq minutes plus tard, on toque à la porte. (Il insiste) Je me dresse à nouveau sur mes deux jambes, invitant la personne à pénétrer dans mon antre. Apparaît une femme ! La sienne, je présume. Bien fait de rester en retrait derrière ma porte. L’interrogatoire se poursuit. Pour faire court, ma présence reste un mystère…

Au fil de notre échange, le quiproquos apparaît, ou du moins l’erreur qui m’a introduit dans cette résidence pour vacanciers qui n’est pas celle qu’on m’a réservée ! Je lui explique que le chauffeur de taxi m’a déposé à cet endroit, après lui avoir communiqué les infos dont je disposais sur mon logement. N’étant jamais venu sur ces Îles auparavant, et en présence d’un natif du coin, je lui ai fait totalement confiance. D’autant – et c’est ça qui est drôle – que le chiffre de ce chalet correspondait à celui où j’étais censé atterrir. Qui plus est, il était vide, avait l’air d’avoir été nettoyé et les clés se trouvaient sur la table de la cuisine. Bref, le hasard qui fait souvent bien les choses venait de foutre un beau bordel.

Nous avons ri tous les deux de cette confusion. Elle ne m’a à aucun moment demandé de lui payer cette nuitée imprévue, mais s’est en revanche excusée pour m’avoir fait dormir dans des draps qui n’avaient pas été changés. J’ai cru rêver ! Sont vraiment sympas ces Madelinots !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s