Décoiffantes Îles-de-la-Madeleine

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Quatre jours pour faire connaissance, essayer de les apprivoiser. C’est peu, mais c’est mieux que rien. Ça faisait longtemps que je rêvais d’aller me jeter dans les bras des Îles-de-la-Madeleine. Je les ai rêvées en carte postale avant de les vivre en 3D, les sens au firmament et des embouteillages de couleurs dans les pupilles. Il y a d’abord ces maisons guillerettes qui apportent leur écot à la symphonie du bonheur, et puis ce trio bien connu des Madelinots : le vert, le bleu et le rouge. Quand le ciel, la mer, la forêt et les falaises ocres se donnent rendez-vous, vous ne pouvez que déguster cette étreinte visuellement étourdissante. Si c’est beau les Îles-de-la-Madeleine ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Sans oublier l’authenticité inhérente à ces lieux qui se contentent d’être, tout simplement. À l’instar d’une femme dont le charme immanent lamine le maquillage le plus élaboré. C’est ça, ces îles : un coup de foudre, un baiser qui vous souffle ses frissons dans les bronches. Et faut être sacrément balèze pour leur résister !

 

Dans ce petit paradis en forme d’hameçon, où les différentes terres sont reliées par des dunes – à l’exception de l’île d’Entrée, qui abrite une soixantaine de résidents anglophones – on tombe notamment raide dingue de ses falaises ocres, déjà citées. Elles ont bâti la réputation enchanteresse de ce territoire maritime qui voit sa population exploser au cœur de l’été, sous l’afflux massif de touristes [elle est passée de 12 000 habitants à plus de 70 000 cet été]. Elles sont fragiles, et j’ai pu constater que l’érosion – combinée aux changements climatiques – ne leur faisait aucun cadeau, grignotant inexorablement leurs parois friables.

On en prend notamment plein les yeux à la Belle Anse, sur l’île du Cap-aux-Meules, où le spectacle est permanent. À gauche, à droite, tout est beau. Je m’y suis rendu à vélo. Incapable de tenir sur sa béquille en raison des fortes rafales ce jour-là, ce qui a accentué la fraîcheur ambiante et accéléré ma pause pique-nique, je l’ai posé contre une clôture pour continuer ma route à pied. J’ai emprunté un chemin serpentant à travers des herbes battues par les vents. Imaginez la scène… Je pénétrais dans un tableau. Je les ai parfois confondues avec des cheveux sur le crâne de ces parois sculptées, trouées par endroits de cavités (souvent appelées grottes) accessibles durant l’hiver en raquettes, m’a-t-on dit, quand les eaux sont figées par le froid glacial.

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La beauté des falaises de la Belle Anse se passe de commentaires !

 

Je suis tombé aussi amoureux des buttes de ce petit paradis taillé pour la balade et la contemplation. Elles sont synonymes de points de vue à couper le souffle et demeurent très accessibles. Pas besoin d’être un cador de la marche pour atteindre leur sommet. Les buttes des Demoiselles offrent par exemple un joli panorama sur le village du Havre Aubert, avec sa marina et sa fameuse Grave, petit chapelet de boutiques pittoresques blotti entre deux eaux. Encore un incontournable. L’amateur de café que je suis n’a pas boudé son plaisir – corsé il va sans dire – dans le Café de la Grave, aménagé dans ce qui fut autrefois un magasin général, et où s’échappent parfois quelques notes de musique, entre autres du piano installé dans un des coins d’une pièce aussi rustique que chaleureuse. 

 

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Vue matinale au sommet de la butte Ronde, sur l’île de Havre-aux-Maisons.

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La plage du Sandy Hook étale son sable blond sur des kilomètres, en rapprochant le vacancier de l’île d’Entrée (au loin), accessible uniquement par bateau.

Parler des îles, c’est forcément parler des Madelinots ou apparentés, je veux dire par là ceux qui y ont posé les pieds un jour et n’en sont jamais repartis, perclus de cette beauté contagieuse, en dépit d’une saison hivernale moins chatoyante que le charivari estival, avec ses rendez-vous épiques, comme le célèbre concours de château de sable, organisé chaque année au mois d’août sur la vaste plage du Sandy Hook, une des plus belles de l’archipel. Un évènement qui a attiré cette année 20 000 personnes, soit près de deux fois la population des Îles-de-la-Madeleine !

Les quelques Madelinots qu’il m’a été donné de rencontrer ont contribué à la réussite de mon petit périple. Des exemples ?

Marie-Christine, qui a eu la gentillesse de m’accueillir dans son chalet de Havre Aubert, à quelques minutes à pied de La Grave. Outre son hospitalité et le confort de sa voiture – qu’elle a mis à ma disposition le temps de deux sorties, alors que le temps frais ne m’incitait guère à chevaucher le scooter que j’avais loué – j’ai apprécié sa simplicité. Elle s’est amusée de mon élocution trop pressée, m’invitant à adopter le bon tempo, sous-entendu celui des îles, et donc le sien, autrement plus relaxant. Disons que cette nomade dans l’âme vit sa vie au rythme qui lui convient. Elle est comme le vent, Marie-Christine, à la fois discrète et présente, tantôt au nord et au sud, à l’est et à l’ouest, portée par l’instant présent. Inspirante aussi. Et si heureuse de ne pas être stressée…

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La Dune-du-Sud, accessible à partir du stationnement routier à Havre-aux-Maisons (près du camping Les Sillons), est un incontournable. Elle accueille la grande nuitée aux flambeaux, dans le cadre du festival Contes en Iles qui a lieu en septembre. C’est aussi le seul endroit où l’on peut accéder à pied aux cavernes que la mer a creusées dans les falaises.

Arthure, autre personnage décoiffant de ces îles gourmandes et créatives. Arthure, c’est non nom d’artiste. Je l’ai rencontrée par hasard, attiré par le jardin singulier de sa boutique Le Flâneur, située sur le site de la Côte (île de Cap-aux-Meules), dont une maison qui avait l’air tout droit sortie d’un film de Tim Burton ou d’un conte pour enfants. Arthure, c’est d’abord une voix douce. On se sent tout de suite en terrain ami. Quand elle ouvre la bouche, c’est parfois pour vous raconter une histoire, ou des histoires, où l’humain est au cœur de l’intrigue. Faut dire que dans ce registre, elle se débrouille plutôt bien, en particulier lorsqu’il s’agit de vous présenter les personnages loufoques qui occupent son petit univers déjanté. Adversaire farouche de la perfection, Arthure rend justice aux défauts de la bicoque humaine, cette habitation corporelle que tant de nos congénères s’échinent à rafistoler ou transformer à grands coups de bistouri, de régimes et autres séances de sport intensives. Il faut surtout avoir visité son sous-sol, où une vingtaine de personnages élaborés avec de la pâte d’époxyde rendent hommage à ceux qu’ils représentent, des insulaires ordinaires à la vie extraordinaire. Ils portent les habits de leurs modèles faits de chair et d’os, et même leurs cheveux pour certains de ces « clones » ! Une véritable ode à l’authenticité qui déborde de cette portraitiste dissimulant derrière sa timidité la douce folie qui l’habite et l’inspire…

Je conseille au passage ses scones, moelleux à souhait, lesquels m’ont rappelé une exquise virée en Irlande il y a plusieurs années, puisque sa boutique fait aussi office de salon de thé, sous le regard, entre autres, de Churchill et Léo Ferré.

 

Carole et Réal, qui m’ont fait découvrir une petite portion des Sentiers Entre vents et marées, sorte de mini Compostelle lancé en 2017 et qui s’étire sur environ 230 km. On peut notamment en parcourir les 13 étapes avec l’organisme Bottes et vélo, basé à Saint-Michel-de-Bellechasse, près de Québec .

Ce jour-là, nous avons parcouru 18 km, dont la moitié sur la plage de La Martinique (quel joli nom pour ce haut lieu de la baignade, où l’on a pied longtemps). Neuf kilomètres en guise d’entrée, soit 2h30 de marche dans le sable et sous un grand ciel bleu. Que demander de plus ? Je leur dois aussi la découverte de la butte des Demoiselles, qui surplombe Havre-Aubert, dont la descente en direction de la butte de la Croix fut un véritable récital pour les yeux. 

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Les paysages offerts par la butte des Demoiselles sont de toute beauté. On aimerait que cette descente dure des heures.

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Qui dit îles dit phares, comme celui qui se dresse au pied de la butte Ronde.

Michel, en charge des animations au Musée de la Mer. Un conteur hors pair, m’a-t-on confié, ce que je n’ai pas pu vérifier par moi-même, hélas… Mais un bon gars, assurément, disponible et dynamique, avec lequel j’ai pris grand plaisir à jaser. Pour tailler la bavette à la table des contes et légendes locales, c’est l’interlocuteur idoine. Un bon coup de fourchette quand il s’agit d’harponner quelques souvenirs cuisinés à la sauce locale, ou de défricher des arpents de cette terre maritime qui a vu éclore pas mal de récits de vie enrobés de rumeurs. Michel, c’est un passionné majuscule, qui vibre pour son métier et le contact que ce dernier lui procure avec le public.

André, qui gère le magasin Véli-Vélo depuis plus de 40 ans sur l’île de Cap-aux-Meules, qui fait office de centre administratif. Je lui dois ma belle sortie à vélo. Ce natif de Laval un peu pince-sans-rire ne se contente pas de vous louer un deux-roues – bien entretenu et de bonne qualité au passage -, il vous équipe aussi avec de solides conseils selon vos attentes. Je prends toujours plaisir à faire un peu de pub aux gens qui le méritent, je veux dire ceux pour qui vous n’êtes pas seulement un porte-feuille. Si vous avez l’âme d’un cycliste ou ressentez l’envie de découvrir les îles – ou une partie – avec ce mode de transport bien agréable, vous pouvez sans hésiter faire une halte dans sa boutique. Je précise que la location inclut les sacoches, le casque et un antivol, même si cet appareil paraît l’air désuet sur ce territoire où les insulaires verrouillent rarement leur voiture et leur maison m’a-t-on laissé entendre… Ça laisse rêveur.

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Les Iles-de-la-Madeleine comptent quelques belles églises, comme l’église catholique Saint-François-Xavier de Bassin (secteur Havre Aubert).

Ce ne sont là que 6 personnes sur les quelque 13 000 que compte l’archipel, mais si je suis reparti conquis, c’est aussi grâce à eux, et je tenais à leur dire merci à travers ces lignes. Si je devais donner un conseil au lecteur et potentiel visiteur de ces havres vivifiants, ce serait de ne pas hésiter à aller à la rencontre des autochtones. Rien ne remplace le contact humain pour découvrir une place et en goûter la vraie saveur. Un insulaire n’est pas un sauvage, et même s’il vous paraît bourru ou hermétique au premier abord, vous pourriez être surpris si vous grattez un peu, en le regardant à hauteur humaine…

Mieux vaut arriver en terrain ami que de donner l’impression d’arriver en terrain conquis. C’est aussi simple que ça !

[photos : Olivier Pierson].

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Jeter l’ancre aux Iles-de-la-Madeleine, c’est prendre le risque de ne plus vouloir repartir !

 

 

 

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