« Ta mort nous a rendus vivants. »

20190204_110734-01Livre bouleversant que ce confessionnal intitulé Avec toutes mes sympathies. Un abîme d’émotions fortes… La vie et la mort réunies dans cet ouvrage qui souffle sur les braises et les cendres.

On s’accapare celle d’Alexandre de Lamberterie, qui s’est enlevé la vie à Montréal en se jetant du pont Jacques-Cartier. Lui, je le connais bien pour vivre dans cette métropole ouverte et cosmopolite. J’en frémis rien qu’à imaginer la scène. Je tente de visualiser sa montre brisée et ensanglantée, évoquée dans un passage de l’ouvrage, sur le bitume du boulevard René-Lévesque où tout s’est achevé. Nouveau frémissement.

Alex, on ne le connaît pas, mais on aurait aimé le connaître, se lier d’amitié avec cet être cabossé par la mélancolie, qui a choisi l’irréparable pour s’en débarrasser. Le croiser aussi ce funeste jour du 14 octobre 2015, avec l’espoir un peu fou d’arriver au bon moment pour tenter d’inverser l’horrible scénario. Devenir un héros sans cape, juste un homme qui tente d’en sauver un autre.

On s’accapare aussi des larmes qui ne sont pas les nôtres. On frissonne en lisant sa lettre d’adieu, le regard embué par cette dernière trace laissée à ses intimes, et on sent l’émotion nous étreindre quand on découvre l’accolade parisienne, aux contours surréels, entre le père du défunt et un SDF, comme si son fils avait programmé cette rencontre dont il était lui-même coutumier à Montréal, s’étant pris d’affection pour l’un d’entre eux, appelés « itinérants » au Québec, avec lequel il aimait taper la causette, et à qui il lui arrivait de donner un peu d’argent.

C’est beaucoup de choses, Avec toutes mes sympathies. Les liens du sang, la famille, la mélancolie – pernicieuse -, l’amour, la résilience… comme une chanson de Freddie Mercury. The Show Must Go On. J’ai dévoré ce livre en 2 jours, en redoutant le moment où j’allais devoir m’en séparer. Ça n’a pas été facile. Le sujet a beau être lourd de sens et de conséquence, on ne peut rester insensible à ce formidable hommage d’une sœur à son frère, hommage qui me fait penser à cette magnifique citation de Cocteau : « Le véritable tombeau des morts, c’est le cœur des vivants. »

Si ce livre m’a tant bouleversé, c’est parce que moi aussi j’ai une sœur, dont je suis l’aîné de deux ans, et pour laquelle je suis peut-être un modèle ou un héros. Comme Olivia de Lamberterie, elle a dû composer avec la distance, au même titre que notre mère, laisser son grand complice vivre son rêve outre-Atlantique… J’ai moi-même en tête quelques photos de nous deux enfants qui auraient pu servir de couverture à un livre, si Virginie avait été écrivaine et critique littéraire, et moi directeur artistique d’une entreprise reconnue mondialement dans le milieu des jeux vidéos, Ubisoft pour ne pas la nommer. Oui mais voilà, cette histoire n’est heureusement pas la nôtre, mais je ne peux m’empêcher de penser à ce qui serait arrivé si j’avais décidé de mettre fin à mes jours… La déflagration dans les cœurs, et moi ou mon âme errant comme un fantôme en peine autour des êtres chers dévastés.

C’est étrange de quitter difficilement quelqu’un qu’on n’a pas connu. Je crois bien qu’Alex m’était devenu familier, que grâce à sa sœur j’avais saisi une partie du personnage et effleuré ses fêlures. Assez pour ressentir le besoin de mettre un visage sur cet homme tant aimé en tapant son nom sur Internet. Me laisser happer par son regard qui, sur certaines photos, semble confesser la terrifiante issue.

Les quelque 250 pages de ce récit rythmé par les allers-retours entre Paris et Montréal remuent, interrogent, interpellent… Elles ne laissent pas indifférent et je dois avouer avoir été labouré par cet hymne à la vie qui prend la mort à témoin. Avec cette phrase ultime qui interrompt le flot des mots, à la fois cruelle et belle : « Ta mort nous a rendus vivants. »

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• Pour info : la ligne de prévention du suicide au Québec : 1 866 APPELLE (277-3553)

Un autre lien intéressant ICI.

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