Du soleil dans le métro

Ça s’est passé jeudi, sur la ligne orange du métro de Montréal. Je regagnais mon domicile, situé dans les parages de la station Jarry. Il devait être 17h30 lorsque j’ai embarqué à celle de Mont-Royal. Le métro, comme souvent à cette heure de pointe, était bondé. À peine étais-je entré dans la rame qu’une voix a capté mon attention. Le genre d’humeur badine. Celle du conducteur. Je ne sais pas si c’était une première pour lui (j’imagine que non), mais ce dernier était bien décidé à dérider son auditoire, en semant ici et là quelques interventions chantées. Il fredonnait des morceaux souvent inspirés par le nom des stations. Ça sentait l’impro et son timbre de velours n’avait aucun mal à capter l’attention de nos oreilles, ou à interrompre, même une fraction de seconde, l’emprise des smartphones sur nos pupilles envoûtées.

On aurait dit qu’il était en mission, et force est de constater qu’il s’en est sorti avec un certain succès. Autour de moi, quelques sourires complices, discrets ou radieux. Des visages soudain moins cadenassés. Grâce à cet inconnu qui a fait briller un soleil qu’on croyait réservé au monde du dehors. Sacré exploit !

Pour ma part, le spectacle a commencé à la station Laurier. Son inspiration a fait mouche, m’incitant à délaisser du regard le polar dans lequel je m’étais plongé. Comment en être autrement quand on entend :

  • « On s’était vu sur Laurier, on s’est revu sur l’oreiller. » Coquin en plus…

Il a remis ça un peu plus tard. Station Beaubien cette fois :

  • « À Beaubien tout est beau et tout est bien. Il fait beau dans le métro, il fait toujours beau… »

Arrivé à Jean-Talon, il a invité les passagers à faire un peu de place aux nouveaux arrivants :

  • « On laisse entrer nos amis , on leur laisse une chance d’entrer… » Sympa.

Et puis il s’est glissé dans la peau d’un commandant de bord, singeant la voix du pilote qui annonce l’heure d’arrivée :

  • « Nous devrions être à Montmorency (le terminus) vers 18h. Il fait actuellement 26 degrés dans le métro… »

À quelques reprises, des gens qui descendaient du métro ont tenu à lui adresser un  petit mot avant de partir, parfois accompagné d’un pouce levé en signe de reconnaissance. J’ai même entendu une femme lui crier « bravo ! ».

Faut dire qu’on n’est pas habitué à ce genre de scène. C’est dommage. Ça fait du bien, ça « dégrisaille », ça tonifie les zygomatiques… C’est original sans être révolutionnaire mais ça a le mérite de fédérer des anonymes autour d’un sourire, même fugace. Ça replante un peu d’humanité sous terre. C’est le propre des fêlés de laisser passer la lumière, a écrit un jour Audiard (formulé différemment). Notre fêlé d’un soir – et je le dis avec beaucoup de respect – y sera parvenu de sa voix mélodieuse.

Merci à lui.

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